Si les chercheurs s’accordent aujourd’hui sur le fait que le chien descend du loup préhistorique, ils restent divisés quant à la date de domestication de cet animal sauvage. Il semble établi que des loups aient été apprivoisés par l’homme il y a plus de 30 000 ans. En revanche, la domestication au sens strict — c’est-à-dire la transformation durable de leurs caractéristiques morphologiques et comportementales sous l’effet d’un contrôle ou d’une sélection humaine délibérée — ne paraît s’être développée qu’à partir du Néolithique, aux alentours de 5800 avant notre ère.
Une expérience moderne d’apprivoisement d’un louveteau est relatée par Pierre Jouventin dans Kamala, une louve dans ma famille (Flammarion, Paris, 2013), offrant un éclairage précieux sur la complexité de la relation entre l’homme et le loup.
Le loup est un animal doté d’une grande intelligence. Son dressage ne peut s’effectuer que dans un cadre fondé sur la douceur, la patience, l’attachement et la récompense. La brutalité se révèle totalement inefficace : frappé, le loup voit son instinct sauvage reprendre le dessus, considère son dresseur comme un ennemi et devient impossible à contrôler. C’est pourquoi les rares tentatives de dressage de loups — comme d’ours — pour des spectacles de cirque ou des combats de fauves aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles relevaient de l’exploit et demeurèrent sans lendemain. On notera qu’à la même époque eurent lieu des tentatives de dressage du « loup-cervier », ancien nom du lynx, qui n’a pourtant aucun lien avec le loup.
Contrairement à de nombreux mammifères, l’éducation des jeunes loups n’est pas uniquement assurée par leurs parents, mais par l’ensemble de la meute. C’est ce fonctionnement collectif qui explique pourquoi les loups de Marion la reconnaissent comme femelle dominante et acceptent d’être éduqués par l’ensemble du groupe de jeunes filles. Entre eux, toutefois, ils conservent une structure hiérarchique classique, dirigée par le mâle dominant, Arn, lui-même soumis à Marion.
La meute est généralement composée d’un couple dominant — le couple reproducteur à l’état sauvage — et de sa descendance. Il s’agit donc d’une véritable « famille » élargie et fortement hiérarchisée. Lors de la mise bas, le mâle dominant, assisté des jeunes loups des portées précédentes, protège la femelle et les louveteaux tout en assurant leur subsistance par la chasse. Cette éducation collective ne garantit pas seulement la cohésion du groupe : dès leur plus jeune âge, les louveteaux apprennent, par l’exemple et l’imitation, à respecter les règles sociales de la meute, à intégrer leur place dans la hiérarchie, à développer des capacités de coopération lors de la chasse et à gérer les conflits internes. Les jeux de « bagarre » participent ainsi à l’apprentissage de la chasse… ou, dans le cas qui nous occupe, du combat.
Sur le plan des techniques d’attaque, le loup dispose de capacités remarquables. Il peut détecter une proie à près de deux kilomètres. Le mâle alpha donne le signal de la traque : la proie est d’abord testée afin d’évaluer ses réactions, puis harcelée pour l’isoler et l’épuiser. L’encerclement constitue l’une de ses stratégies privilégiées. Tandis que le reste de la meute affaiblit la proie par des morsures ciblées aux pattes et aux flancs, le mâle dominant porte le coup fatal à la nuque ou à la gorge. Dotée de quarante-deux dents, sa mâchoire peut exercer une pression d’environ 150 kg par cm², contre environ 100 kg par cm² pour la mâchoire humaine au maximum de ses capacités. Autant dire qu’un loup adulte, dans la force de l’âge, peut briser sans difficulté les cervicales d’un homme.
Souvent représentés à tort, dans les gravures ou au cinéma, comme des animaux massifs de la taille d’un bélier — comme dans Willow —, les chiens sont pourtant utilisés comme auxiliaires de guerre depuis l’Antiquité. Ainsi, le mastiff romain serait issu d’un dogue perse originaire du Tibet, auparavant employé par les Grecs. Cette race aujourd’hui disparue, connue sous le nom de canes bellatores (« chiens de guerre »), aurait ressemblé à l’actuel mâtin napolitain et pesait entre 40 et 50 kg à l’âge adulte. Les Romains utilisaient également le Canis Pugnax, ancêtre du Cane Corso italien, ainsi que les molosses d’Épire — ancêtres du bulldog — lors de la conquête de la Gaule et, surtout, de la Bretagne. Selon le poète Grattius Faliscus (Iᵉʳ siècle av. J.-C.), ces chiens auraient toutefois été vaincus par les chiens de guerre bretons des Gaulois.
Les Anglais eurent également recours aux chiens lors de l’invasion de l’Irlande, tandis que les Irlandais utilisaient des lévriers capables de désarçonner des cavaliers anglo-normands en armure. Plus tard, Hernando de Soto et d’autres conquistadors espagnols employèrent des chiens carapacés spécialement dressés pour tuer.
Si la cynophilie se développe sous le règne de Louis XIV, le chien demeure alors principalement un animal de prestige, de chasse ou d’agrément. Au XVIIIᵉ siècle et au début du XIXᵉ siècle, l’armée française ne dispose pas encore de véritables unités cynophiles. Ce n’est que dans la seconde moitié du XIXᵉ siècle que l’usage militaire du chien se structure véritablement à l’échelle européenne, avant de connaître un renouveau majeur lors des deux guerres mondiales.
Sources :
Dossier documentaire de Didier Chaumeil et Julia Gomel consultable sur : https://www.cite-sciences.fr/fileadmin/fileadmin_CSI/fichiers/ressources-en-ligne/dossier-documentaire/_documents/Origines_chiens_chats/origines-chien-chat.pd
fhttps://www.musee-armee.fr/magazine/les-chiens-et-larmee-au-fil-des-epoques.html
https://fr.wikipedia.org/wiki/Chien_de_guerre
https://www.eternalsoldier.org/warrior-dogs
https://www.sang-dorthos.com/histoire-canecorso.php
https://expositions.bnf.fr/cnac/grand/cir_3053.htm
https://parcsaintecroix.com/fr/lorganisation-dune-meute-de-loups
