Vulgarisation de simplicis medicinae. C’est ainsi qu’on nommait les plantes médicinales au Moyen-âge. Aujourd’hui reléguées au rang de plantes aromatiques pour parfumer les armoires ou agrémenter les plats cuisinés, elles permettaient autrefois de soigner presque tous les maux en les préparant à minima (broyées, cuite, transformées en breuvage, cataplasme ou « pommades »… par mélange avec de la pomme écrasée).
L’observation de leurs effets remonte au Grec Hippocrate (460-av. J.-C. — 370 av. J.-C.). Mais c’est un autre Grec, Dioscoride (v40-v90), qui en faitune somme médicale dénommée ultérieurement par les Romains« materia medica ». Il y recense près de 1000 traitements à base de 600 plantes. On y revient un peu aujourd’hui avec la phytopharmacie et les huiles essentielles. C’est surtout la réputation de l’école italienne de Salerne, en Italie, qui, au XIIe siècle, contribue à asseoir leur réputation. On notera l’importance d’un ouvrage du XIIe siècle : le « liber iste », recueil de recettes composées, un « antidotaire ».
Ces médications sont essentiellement végétales et composées le plus souvent à partir de plantes sauvages locales. Une partie provenait toutefois d’épices venues d’Orient (opium, muscade, clou de girofle, cannelle, bois de santal, nux vomica…), qui coûtaienttrès chères et ne profitaient donc qu’aux plus riches.
Certaines pouvaient être cultivées au jardin dans un carré de simples (thym, laurier, sauge, estragon, romarin, menthe, ail…) avec les risques que cela comportait, l’ingestion de certainesplantes courantes étant mortelle : muguet, aconit, belladone, digitale, ciguë, pivoine, pervenche, gui, houx…
Ainsi, la sauge sauvage a des vertus diurétiques et, mélangée à du vin, est utilisée contre la paralysie et l’épilepsie ; le persil aide à la digestion.
La marjolaine est utilisée en cataplasme contre les douleurs d’estomac. Un emplâtre de cumin mélangé à de la figue permet de réduire une enflure de la joue.
La menthe cuite dans du vin permet de lutter contre la toux ; contre la jaunisse, ce sera une décoction d’absinthe.
On peut aussi les préparer et les utiliser sous forme d’huile (obtenue par chauffage et macération), de fumigation (à la manière de l’encens), de suppositoire (clystère)…
Ces préparations étaient préparées et vendues au XIIIe siècle par les épiciers-apothicaires (du latin apotica : entrepôt), ancêtres des pharmaciens, sur prescription d’un mire (médecin) pour les préparations dangereuses. Mais l’apothicaire pouvait vendre des simples ordinaires pour des maux du quotidien : toux, soin de blessures légères, d’hématomes… Contrairement aux idées reçues, si les femmes se voient interdire l’exercice la pratique de la médecine (ce n’est pas le cas à Salerne par exemple) et de l’apothicairerie, surtout à partir de 1220. Elles pouvaient toutefois vendre des plantes médicinales, voire des préparations à base de plantes (vin, pommade, emplâtre…). Certaines de ces femmes sont restées célèbres dans les annales de la médecine, telle l’abbesse Hildegarde de Biungen (1098-1179).
Beaucoup de ces plantes étant courantes, tout un chacun, pourvu qu’il ait quelques connaissances botaniques traditionnelles, pouvait toutefois se les procurer et s’auto-médiquer, voire en proposer à leurs voisins (avec des risques d’empoisonnement). C’était souvent le cas de vieilles femmes, sages-femmes ou guérisseuses, dont certaines avaient des pratiques relevant plus de la religion ou de la superstition : application d’images saintes sur le front ou le ventre de la femme enceinte lorsque l’enfant se présentait mal, jet de sel par-dessus l’épaule pour conjurer un mauvais sort supposé, porter en amulette un os de mort contre la fièvre, utiliser une décoction d’urine pour régénérer l’immunité… Heureusement, certaines connaissaient et utilisaient sciemment et correctement les plantes afin de permettre une guérison efficace.
La plupart des « sorcières » persécutées en Europe à partir du XVe siècle étaient en réalité des guérisseuses, héritières d’une longue tradition d’exercice laïc de la santé et des soins, plus pragmatique que théorique à l’époque.
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