Marion et ses amies refusent de retourner dans une société violente en tant qu’orphelines. Elles savent que, sans protecteurs, elles seraient maltraitées : au mieux réduites à l’état de souillons (servantes chargées de tâches ingrates, sales et pénibles), promises à un mariage imposé avec un homme parfois âgé ou violent ; au pire, condamnées à devenir des filles de joie. Elles décident donc d’apprendre à se défendre. Sauf Marion, qui poursuit un autre objectif : rendre justice à leur famille et à leurs amis tués ignominieusement.
Après quelques essais, elles dressent deux constats : d’une part, elles ne peuvent apprendre seules ; d’autre part, elles ne possèdent pas la morphologie de soldeniers (soldats professionnels). Faute de pouvoir trouver un maître d’armes — aucun homme de l’époque n’aurait accepté d’entraîner des femmes —, elles doivent se débrouiller et compenser leurs faiblesses. Elles choisissent donc de miser sur leurs atouts : leur âge, leur morphologie, leurs compétences, et de remplacer la force par l’intelligence. Comment prendre en défaut un adversaire physiquement supérieur ?
D’abord, en le déstabilisant par des méthodes de combat inattendues. Jeunes et souples, elles disposent de capacités gymniques que n’ont pas des hommes plus lourds. Elles les exploitent pour se déplacer rapidement : la mobilité devient leur premier atout, leur permettant d’éviter les coups et de prendre l’ascendant.
La vitesse d’exécution est essentielle : elles doivent frapper avant d’être mises en difficulté.
La précision l’est tout autant : là où un soldat peut compter sur la répétition de coups violents, elles doivent atteindre leur cible dès la première attaque.
À cette précision s’ajoute une exécution rapide, empêchant l’adversaire de se ressaisir.
La surprise joue un rôle décisif : attaquer avant que l’ennemi ne soit prêt. Ruse et pièges deviennent leurs meilleurs alliés, afin d’éviter le combat direct chaque fois que possible.
Elles s’adjoignent toutefois des alliés plus redoutables : les loups, dont l’instinct combatif et la présence inspirent la peur. Cette peur viscérale devient une arme : en poussant l’adversaire à les surestimer, elle le fait paniquer. Elles renforcent encore cet effet par le mystère qui les entoure — à la fois pour se protéger (elles risqueraient le bûcher si elles étaient découvertes) et pour terroriser l’ennemi. Leur apparence y contribue : tenue noire, heaume surmonté d’un loup rampant, emblème de gueule de loup hurlant à la lune. Un dispositif dissimulé dans leur heaume déforme leur voix en la rendant grave, métallique et caverneuse, empêchant de les identifier comme femmes et accentuant l’effroi. Par précaution, elles évitent toutefois de parler en présence d’étrangers.
Elles s’inspirent également des loups dans leurs déplacements : se mouvoir furtivement, évoluer sur tous les terrains — arbres, herbes, rochers, murs qu’elles escaladent.
La ruse devient centrale. Un siècle avant Bertrand du Guesclin, elles imaginent s’introduire dans les forteresses par la duperie plutôt que par des sièges longs et incertains. Attirer l’ennemi dans des pièges, sur un terrain qu’elles maîtrisent, devient une règle. L’embuscade et l’attaque nocturne sont leurs tactiques privilégiées.
La tactique, justement, est essentielle : préparer l’attaque, anticiper, frapper là où l’on ne les attend pas. Leur intelligence compense l’habitude des soldats de foncer sans réflexion. Elles utilisent aussi des leurres : des « mannequins sentinelles » recouverts de cuirasses pour simuler une troupe nombreuse, des mouvements de cavalerie multipliés, ou encore des objets brillants disposés dans les bois pour imiter le scintillement d’armes.
Enfin, pour préserver leur anonymat et accroître leur efficacité, elles mettent en place une communication efficace : des codes visuels simples et un système de cris d’oiseaux, ancêtre d’une transmission orale discrète. Ce mode de communication présente deux avantages : il évite toute identification par la voix et reste suffisamment banal pour ne pas éveiller les soupçons.
Mais surtout, fortes de la confiance qu’elles développent, elles ne sous-estiment jamais leur adversaire et cherchent toujours à le fatiguer pour le rendre plus vulnérable.
